© Jean-François Séguin

Enseignements d’une démolition

 

Transformer la perte d’un bâtiment patrimonial en une occasion d’élever le discours et l’efficacité des règles et procédures en vigueur

27

nombre d'années où la maison Redpath a été laissée inoccupée et en partie détruite

2

nombre d'années où le terrain a été laissé vacant depuis la démolition

33 %

taux de démolition du bâtiment selon le rapport d’un ingénieur de la Ville en 2001. Le promoteur avait prétendu qu'il était de 80% dans les médias en 2014.

En tant que Montréalais, nous devons traiter les enjeux urbains de manière transparente. Il existe des outils accessibles, il y a des règles et procédures à suivre que la Ville doit faire connaître. Quand les dossiers sont réglés en coulisses, les décisions à leur égard ne sont pas aussi rigoureuses que lorsqu’elles sont prises au vu et au su du grand public.

Bruce McNiven

Mise en contexte

La maison Redpath était l’une des rares maisons d’architecture Queen Anne à Montréal. Elle se démarquait par ses jeux de brique rouge, ses toitures en ardoise, ses multiples pignons et sa haute cheminée. Comme son nom l’indique, elle a été construite pour des membres de la famille de John Redpath, riche industriel ayant œuvré dans la construction du canal Lachine et fondateur de la raffinerie de sucre portant son nom. Dans les années 1980, un homme d’affaires achète la propriété, appartenant alors à une communauté religieuse, et obtient un permis de démolition non conforme aux règles municipales. Conscients de cette irrégularité et de ce manque de transparence, Héritage Montréal et Sauvons Montréal obtiennent en 1986 une injonction pour suspendre l’exécution du permis et la destruction de la maison.

Malgré les termes de l'entente conclue avec Héritage Montréal et Sauvons Montréal, le propriétaire n’a réalisé aucun projet conforme au caractère du secteur et qui intégrait la maison Redpath (dont seules certaines annexes avaient été démolies). En fait, il a laissé le site exposé aux éléments, ce qui n’a suscité qu’une relative indifférence des autorités municipales.

Histoire

La maison Redpath a finalement été démolie le 19 mars 2014, après des années de négligence de la part de ses propriétaires. Pour justifier la démolition de cette maison, on a invoqué l’argument démagogique employé dans de nombreux cas depuis 40 ans : la sécurité du public. Cet argument avait pourtant été réfuté en 2010 dans une étude effectuée par un ingénieur de la Ville de Montréal, validée en 2014 à la demande du ministre de la Culture, Maka Kotto, laquelle concluait au bon état des éléments de structure en maçonnerie. Heureusement, la maison Redpath n’a pas été démolie en vain puisque l’on compte désormais sur une sensibilité accrue des résidents du Mille carré à l’histoire et au patrimoine de ce quartier, sur une compréhension plus précise des Montréalais quant aux outils d’action à leur disposition et aux règles en vigueur, et sur une plus grande conscience collective de la nécessité de transparence et de rigueur dans les processus décisionnels afin d’assurer un développement plus respectueux du patrimoine montréalais sous l’examen minutieux du public. Aussi, le cas des bâtiments patrimoniaux vulnérables a fait l’objet d’une résolution unanime du conseil municipal enjoignant la Ville de déployer une stratégie crédible à leur sujet.

Impact

La plateforme collaborative Web H-MTL créée par Héritage Montréal de même qu’une banque de données des sites patrimoniaux menacés à l’échelle de l’île présentement en développement par la Ville de Montréal sont deux des actions concrètes mises en place pour assurer que le cas Redpath ne se reproduise plus.

Leçons

  • Un processus de développement plus transparent menant à un engagement accru du public dans l’évolution des paysages urbains montréalais est le seul antidote aux démolitions par négligence fondées sur des arguments trompeurs.

Municipalité ou arrondissement

Ville-Marie

Propriétaire(s)

Privé

Responsable(s)

Particulier

Catégorie(s)

  • Résidentiel

Conception

Sir Andrew T. Taylor, architecte

Année de construction

1886

Soumis par Héritage Montréal · Dernière modification: 2015/10/20

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